Petite industrie : piloter production, stock et devis sans ERP d'usine
Des devis sous tableur, un stock de tête, un planning d'atelier sur tableau blanc, et une comptabilité qui découvre tout avec deux mois de retard.
Une menuiserie industrielle, un atelier de chaudronnerie, une unité d’assemblage : l’INSEE dénombre 23 200 PME manufacturières hors microentreprises en 2023, qui emploient un quart des salariés de l’industrie manufacturière (données INSEE). Beaucoup tiennent dans un atelier de cinq à cinquante personnes.
Leur outillage de gestion, lui, est souvent resté au milieu du gué : des devis sous tableur, un stock de tête, un planning d’atelier sur tableau blanc, et une comptabilité qui découvre tout avec deux mois de retard.
Le réflexe classique est de regarder les progiciels industriels, puis de reculer devant le devis d’intégration, les dix-huit mois de déploiement et le poste à temps plein qu’il faudrait pour l’administrer. Ces outils sont conçus pour des usines, pas pour un atelier où le dirigeant fait aussi les devis.
Que doit savoir piloter un atelier ?
Derrière le mot « pilotage », les questions sont concrètes.
Qu’est-ce qu’on fabrique cette semaine, et pour qui ? L’ordre de fabrication, sa quantité, son échéance, son affectation aux machines et aux personnes.
A-t-on la matière ? Le stock réel de matières premières et de composants, les commandes en cours, et ce que les ordres de fabrication vont consommer.
Combien coûte ce qu’on produit ? Matière consommée, temps de main-d’œuvre, sous-traitance : le coût de revient par ordre de fabrication, comparé au prix vendu.
Où en est l’affaire du client ? Du devis à la livraison et à la facture, avec les acomptes et les situations quand les affaires sont longues.
Rien de tout cela n’exige un progiciel d’usine. Tout cela exige en revanche que les mêmes données circulent : le devis chiffre une nomenclature, la nomenclature réserve du stock, la production consomme, la consommation valorise le coût, le coût nourrit la facture.
Les trois ruptures qui coûtent cher
Entre le devis et l’atelier. Le devis est fait dans un outil, la production se lance dans un autre ou sur papier. L’atelier refabrique ce que le devis avait prévu autrement, et personne ne compare prévu et réel.
Entre l’atelier et le stock. Les sorties ne sont pas saisies au fil de l’eau, donc le stock théorique diverge du réel. On recommande de la matière qu’on a, on découvre en cours de fabrication qu’il manque un composant, et l’inventaire annuel devient une expédition. C’est l’enjeu d’une gestion de stock tenue au fil de l’eau.
Entre l’atelier et la facture. Les heures passées ne remontent pas sur l’affaire, donc le coût de revient reste théorique et la marge se découvre en fin d’exercice, quand plus rien n’est corrigeable.
De quel logiciel une petite industrie a-t-elle besoin ?
Un atelier de cette taille a besoin de quatre choses reliées entre elles : un devis structuré en nomenclature, un ordre de fabrication qui en découle, un stock qui se décrémente à la consommation, et un pointage des temps rattaché à l’affaire.
Le reste, ordonnancement fin à la machine, gestion multi-sites, planification à capacité finie, relève d’un autre monde et d’un autre budget. Un atelier qui installe ces fonctions sans avoir les quatre premières installe surtout de la complexité.
Le principe qui vaut aussi ici
C’est le même que pour le bâtiment : l’argent se perd entre les maillons, pas dedans. Une matière sortie sans être notée, un temps non pointé, un avenant non facturé.
La méthode d’installation suit donc le même ordre : commencer par ce qui fait mal chaque semaine, et n’ajouter une brique qu’une fois la précédente adoptée. Voir passer du papier au numérique sans braquer l’entreprise.
Le même sujet vu du côté de l’atelier plutôt que de la méthode : StrucTime pour l’industrie et la production.
Dans le même sujet
Gérer son stock sans usine à gaz : la méthode pour un petit atelier
Trop de matière dormante immobilise de la trésorerie. Pas assez, et la production s'arrête. Une petite structure n'a pas besoin d'un système d'entrepôt.
Après la migration : combien de temps garder son ancien logiciel
Le laisser installé sur un poste qui traîne semble suffisant, jusqu'au jour où ce poste rend l'âme. Les obligations de conservation courent pourtant toujours.
Attestation de vigilance URSSAF : ce que le donneur d'ordre doit vérifier
Confier un chantier à une autre entreprise engage votre responsabilité sur ses cotisations. La seule protection tient dans un document de deux pages qu'on oublie de redemander.